Au fond du labo à gauche

Edouard Launet a écrit un livre dont le tirage est malheureusement épuisé mais on le trouve encore sur internet. On y découvre que les chercheurs se livrent parfois à des travaux aussi insolites que surprenants. Présenté avec beaucoup d'humour, il y a souvent de quoi sourire, voire d'éclater de rire.... Voici un extrait :

ROCK AROUND THE PHOQUE

Sans doute retiendra-t-on de la recherche scientifique du siècle dernier qu'elle étudia obstinément les effets de la musique sur le comportement des animaux d'élevage. On découvrit en 1996 que les poules pondent plus lorsqu'on leur passait du Pink Floyd et que, de manière générale, elles aimaient bien écouter la radio. Un peu plus tard, il fut établi qu'une vache branchée sur la Symphonie Pastorale de Beethoven produisait chaque jour 0,73 litre de lait de plus qu'une congénère soumise au Back in the USSR des Beatles (travaux du Music Research Group à l'université de Leicester).

Etant donné la richesse du règne animal et la diversité de la création musicale, il reste des boisseaux de grain à moudre : c'est une combinatoire infinie. Pourquoi ne pas analyser, sur le chien, les effets respectifs des vocalises de Britney Spears et des sonates de Bach ? Eh bien justement, cela vient d'être fait - comme le rapporte la revue Animal Welfare (vol. 11, p.385-93) - prevue que le chercheur du XXIème siècle a repris le flambeau d'une main ferme, et que vraiment toutes les pistes seront explorées.

Le chien est un animal souvent amical. On aime voir ses oreilles se dresser à l'appel de son nom. Mais on ne l'emmènerait pas à un concert du groupe Metallica. Deborah Wells, chercheuse à la Queen's University de Belfast (Irlande), nous confirme que ce serait là une bien mauvaise idée : les 50 chiens qu'elle à exposés à la production bruyante de ce groupe de heavy metal se sont mis à aboyer comme des bêtes. Par contre, la musique classique a eu sur eux un effet apaisant. On l'aurait parié. Mais, pour Deborah Wells, ce n'était pas joué : "Nous n'avions à priori aucune raison de penser que les chiens trouveraient le classique plus relaxant". Il est vrai qu'on ne le leur avait jamais demandé.

Le chien supporte bien l'Ode à la Joie de Beethoven, et même les Quatre Saisons de Vivaldi. Avec Bach, plus un seul aboiement. Le chien apprécie par ailleurs le silence et la musique pop, qui ont sur lui à peu près le même effet. Rien ou Britney Spears, pour notre ami, c'est pareil. Ce qui tend à prouver que le chien n'est pas totalement idiot, à moins qu'il n e soit devenu sourd après sa cure de Metallica.

Pondre des oeufs et produire du lait n'étant des spécialités canines, on a du mal à mesurer l'intérêt des expériences de Deborah Wells. Sauf à imaginer que l'Irlande se prépare à bouffer du chien, une démarche productiviste semble à exclure. Peu probable également qu'il se soit agi de tester le marché de la musique pour chien, marché de niche s'il en est, de toute façon peu solvable. Reste cette hypothèse : l'étude visait à fournir aux gardiens de chenils une discothèque idéale.

A notre connaissance, rien n'a encore était fait pour les gardiens de zoo et leurs pensionnaires. La bossa nova aiguise-t-elle l'appétit du kangourou ? Le phoque peut-il être exposé à plus de 24 heures de durm'n'bass sans séquelle majeure ?



Article ajouté le 2008-05-23 , consulté 32 fois

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